Le Locle, parcours horloger

« Qu’est-ce que le Temps ? » s’interrogeait Saint Augustin (350-453). « Si personne ne me le demande, je sais ce qu’est le temps ; si je veux l’expliquer, je ne le sais plus« . Une réponse aussi bien vertigineuse, et à bien des égards, étonnamment contemporaine. 

Il résume ensuite notre rapport au temps en trois dimensions :

  • Le passé est la mémoire.
  • Le présent est l’attention.
  • Le futur est l’attente.

Et pourtant, à peine avons-nous porté notre attention sur le moment présent que celui-ci appartient déjà au passé. Lorsque nous tentons de le saisir, le temps nous échappe. 

À défaut de pouvoir comprendre le Temps, l’être humain a donc cherché à le mesure. Au fil des siècles, il a donc imaginé des instruments toujours plus ingénieux pour l’apprivoiser. 

De la mesure du temps aux premiers gardes temps

Les premiers vestiges de la mesure du temps remontent aux Babyloniens. Ainsi, le gnomon, constitué d’une tige dont l’ombre permet de repérer le déplacement du Soleil, est à l’origine du cadran solaire.

Les premiers garde-temps voient progressivement le jour avec la clepsydre, le sablier et la bougie graduée.

Au IIIᵉ siècle avant notre ère, l’école des mécaniciens se développe à Alexandrie sous l’impulsion de Ctésibios. Les connaissances en matière de conception d’engrenages et de maîtrise des forces, notamment celles mises à profit dans les moulins, se développent alors considérablement. La mécanique est lancée.  

Des premières horloges aux montres de poche

À la fin du Moyen Âge, les premières horloges font leur appartition en Europe. Elles indiquent les heures, mais leur précision reste toute relative. Leur fonctionnement exige des réglages fréquents ! Un horloger doit être au chevet constant de son horloge. Celle-ci ne comporte, pour l’heure, que l’aiguille des… heures !

Au XVIe siècle, les premières montres mécaniques apparaissent. Portées autour du cou ou suspendus aux vêtement, celles-ci sont encore volumineuses, peu précises et coûteuses. Elles constituent des objets de prestiges, des sortes de bijoux mécaniques. 

Au XVIIe siècle, les progrès de l’horlogerie permettent de gagner en régularité. En 1675, Christiaan Huygens invente le ressort spiral, à savoir un régulateur d’énergie. Les oscillations du balancier deviennent alors nettement plus réguliers. La mesure du temps devient de plus en plus précise. 


Quand vient le Temps des Montagnes neuchâloises !

C’est au cours de cette période que les habitants des Montagnes neuchateloises contribuent, eux aussi, à cette longue conquête de la précision. Dans cette région, l’horlogerie va progressivement devenir bien plus qu’un métier : un savoir-faire, une culture et une identité. 

La figure de Daniel JeanRichard (1665-1741) incarne à lui seul la naissance de cette histoire. Entre faits historiques et récits légendaires, l’homme, autodicate, aurait été absorbé par la montre du maquillon Peter avant de la réparer. En réalité, les loclois maîtrisaient déjà métallurgie.   

D’autres pionniers contribuent ensuite aux progrès de la mécanique horlogère. En 1777, Abraham-Louis Perrelet (1729-1826) est associé au développement des premières montres à remontage automatique. 

Abraham Louis Perrelet (1729-1826)

Daniel Jeanrichard (1665-1741)

Produire des montres, c’est bien… les vendre, c’est mieux !

Comment assurer des débouchés pour la production manufacturière ?

La Maison DuBois et Sœur, puis DuBois et Fils 

En 1751, l’une des plus anciennes maisons horlogères et comptoire de Suisse voit le jour sous le nom de Philippe DuBois et Sœur. À partir de 1785, elle prend le nom de Philippe DuBois et Fils.

DuBois est avant tout un commerçant et un négociant. Son père était marchand-drapier avant de se lancer, lui aussi, dans le négoce horloger.

De l’agriculture à l’horlogerie

La fin du XVIIIe siècle est en vérité marquée par le passage progressif de l’activité agricole à l’artisanat, notamment horloger. Globalement, l' »horloger-paysan » devient de plus en plus horloger. L’agriculture et la propriété foncière se transforment alors en revenu d’appoint. De même, l’activité textile, illustrée par le père DuBois, cède sa place elle-aussi à une économie horlogère, véritable corne d’abondance. 

L’essor de l’horlogerie

La maîtrise de la métallurgie, l’absence de corporation dans les Montagnes neuchâteloise (par opposition à Genève), le « temps libre en hiver » et la sous-capitalisation favorisent l’essor de l’horlogerie. 

De l’horloger paysan à l’établissage

Ce développement s’accompagne d’une division croissante du travail. Le Verlagssystem, ou système dit « des parties brisées » se met en place. Les commanditaires – souvent genevois – fournit la matière première, tandis que les horlogers fabriquent les pièces qui leur sont demandées.

DuBois participe à ce développement, en employant de nombreux ouvriers, parmi lesquels figurent plusieurs fils de Daniel JeanRichard. 

La maison DuBois se fournit auprès de Jacques-Frédéric Houriet et d’A.-L. Perrelet, avec lesquels elle travaille en étroite collaboration. Elle se spécialise notamment dans les montres à mouvement dit « perpétuel », autrement dit les montres automatiques, qui constituent alors une nouveauté.

Cette famille illustre le passage de l’économie textile, notamment dentellière, à l’économie horlogère. Cette transition sera rappelée quelque 150 ans plus tard sur la fresque monumentale de l’hôtel de ville du Locle.


Fresque d’Ernest Biéler (1922) illustre le passage de l’artisanat des dentelles à l’horlogerie

Comment remettre les pendules à l’heure

ou l’Église au
milieu du village ?

Au XIXe siècle, la production horlogère du Locle et de La Chaux-de-Fonds connaît un essor spectaculaire :

  • 1836 : 160’000 montres produites ;
  • 1844 : 280’000 montres produites.

Les montres se multiplient, mais un détail (et pas des moindre) pose encore problème : tout le monde n’est pas à la même heure !

À cette époque, l’heure reste essentiellement locale. En France, par exemple, chaque ville, voire chaque village, peut avoir sa propre heure. Dans le domaine militaire, on s’aligne sur celle du plus haut gradé : après tout, mieux vaut être en retard sur l’ennemi que désynchronisé avec son propre camp !

Mais à l’échelle d’une région horlogère en pleine expansion, il devient nécessaire de disposer d’un référent commun. Au Locle, c’est tout naturellement vers le Temple que l’on se tourne.

Le Temple joue en effet un rôle important dans la détermination de l’heure. Sa position dominante en fait un point de repère idéal. Cette fonction s’inscrit également dans une longue tradition héritée du Moyen Âge, lorsque les lieux de culte contribuaient déjà à rythmer la vie quotidienne et à marquer le passage du temps.

C’est dans cette optique qu’une lunette méridienne est installée en 1845 dans le clocher du Temple. Elle est offerte par Charles-François Nicolet (1789-1861), maire du Locle de 1824 à 1848 et ingénieur géographe. Une manière, en somme, de remettre les pendules à l’heure — au sens propre !

Pour effectuer les observations, une borne servant de mire est également installée sur le Communal du Locle, aux frais de Jules Jürgensen. Cette borne, hélas, n’a à ce jour jamais été retrouvée¹. Les instruments destinés à fixer l’heure semblent parfois prendre la poudre d’escampette…

Finalement, avec l’avènement de la République et les bisbilles entre les régions industrielles (Le Locle, La Chaux-de-Fonds et le Val-de-Travers), c’est l’Observatoire de Neuchâtel qui sera privilégié comme référence commune. Une solution destinée donc notamment à apaiser les revendications des différentes localités horlogères.

Comment le génie et l’excellence de l’horlogerie de la Mère commune des Montagnes s’est appuyés sur l’apport de savoir-faire internationaux ?

Né aux Franches-Montagnes, alors territoire de l’Évêché de Bâle, Jacques-Frédéric Houriet (1743-1830) se rend à Paris pour se former auprès du célèbre horloger français Julien Le Roy. Mais l’exigence de son maître est telle qu’elle manque de lui faire abandonner sa passion. Heureusement, l’histoire horlogère en décidera autrement !

En 1768, Houriet revient au Locle et fonde avec David Courvoisier la société « Courvoisier et Houriet ». Une aventure qui s’inscrit dans l’essor de l’horlogerie de précision et qui contribue à faire rayonner la région bien au-delà de ses montagnes.

Peu à peu se dessine une sorte de triumvirat de la haute horlogerie, réunissant Jacques-Frédéric Houriet, Abraham-Louis Breguet, célèbre notamment pour l’invention du tourbillon, et Urban Jürgensen, horloger d’origine danoise. Trois personnalités, trois parcours et une même ambition : repousser les limites de la mesure du temps.

Surnommé le père de la chronométrie suisse, Houriet se distingue par ses nombreuses innovations, parmi lesquelles une spirale sphérique. Dans le sillage de Breguet, il réalise également l’un des premiers tourbillons. 

Mais l’histoire ne se limite pas aux ateliers. La fille d’Houriet épouse l’horloger danois Urban Jürgensen, et la maison dite du Grand Perron passe aux mains de la famille Jürgensen. Les liens de cette famille dépassent largement le monde horloger. Elle accueille notamment entre ses murs des personnalités aussi illustres que le poète danois Hans Christian Andersen ou Joséphine de Beauharnais, ancienne impératrice des Français et première épouse de Napoléon Ier.

Au XVIIIe et au XIXe siècle, Le Locle, encore modeste village de montagne, jouit ainsi d’un rayonnement international. Derrière ses façades et dans ses ateliers se croisent horlogers de renom, voyageurs, artistes et figures politiques. 

Juste en face, l’Auberge de la Fleur-de-Lis témoigne elle aussi de cette effervescence. Elle accueille notamment Francisco de Miranda, le fondateur de la 1er République du vénézuela, et Mikhaïl Bakounine, deux figures marquantes de l’histoire politique européenne et mondiale. C’est également de là que part, en 1848, le mouvement révolutionnaire neuchâtelois et la proclamation le 29 février de la République.


Jacques-Frédéric Houriet (1743-1830), Père de la chronométrie suisse

Louis-Urban (1876-1830) et Jules Frédéric (1808-1877) Jürgensen

Quelle maison horlogère locloise est devenue l’une des marques emblématiques du savoir-faire suisse ?

Fondée en 1853 au Locle, la maison Tissot incarne à elle seule tout un pan de l’histoire de l’horlogerie suisse. À ses débuts, Charles-Félicien Tissot et son fils Charles-Émile s’appuient sur le système de l’établissage : les différentes pièces des montres sont fabriquées à domicile par des ouvriers spécialisés, puis rassemblées et assemblées au comptoir de la maison. 

Dès ses premières années, Tissot voit grand. Certaines de ses montres permettent d’afficher deux fuseaux horaires : pratique pour voyager, commercer ou simplement garder un œil sur l’heure d’ailleurs !

Charles-Émile Tissot se tourne notamment vers le marché russe, où ses montres rencontrent un franc succès. La marque parvient même à faire son entrée à la cour impériale de Nicolas II. 

La maison Tissot investit également dans l’éducation et la formation, avec la volonté de transmettre les savoir-faire horlogers et d’assurer leur pérennité. Charles-Émile Tissot s’engage notamment dans la formation professionnelle et est nommé inspecteur fédéral de l’enseignement horloger.

À partir de la fin du XIXe siècle, un processus d’industrialisation et de concentration de l’ensemble des corps de métiers de l’horlogerie débute. Entre 1881-1890, la « Fabrique des Billodes » de Georges Favre-Jacot, futur Société Zénith (1915), lance ce grand mouvement.  

En 1907, la fabrique Tissot voit le jour à la rue des Tourelles, au Locle. Cette étape accompagne le développement de la marque vers cette phase d’industrialisation et de capitalisation familliale. Tissot change alors progressivement d’échelle, sans perdre de vue son ancrage loclois.

La marque Tissot comprend aussi très tôt que, pour vendre des montres, la précision mécanique ne suffit pas toujours : encore faut-il savoir se faire connaître ! Elle mise donc sur la publicité et la communication. Parmi les personnalités associées à son image figure la célèbre comédienne française Sarah Bernhardt. 

Dans les années 1930, pour répondre à la grande dépression et à la concurrence américaine, Tissot s’associe à Omega au sein d’une organisation commune, la Société suisse pour l’industrie horlogère (SSIH). Cette alliance contribue à renforcer sa position et son rayonnement international.

À la fin des Trente glorieuses, Celle-ci est intégrée, en 1983, à la Société de la métallurgie et de l’horlogerie (SMH), puis en 1998 au Swatch groupe. Le siège de Tissot est encore et toujours au Locle. 

L’histoire de Tissot est marqué par de nombreuses innovations :

  • En 1930 la première montre antimagnétique au monde – avec un boitier en aluminium jouant le rôle de cage de Faraday,
  • En 1985 la RockWatch – une montre dont le boîtier est taillé dans la pierre naturelle –
  • En 1999 la T-Touch, une montre dotée d’un écran tactile et de fonctions activées par le toucher.

Aujourd’hui, Tissot poursuit son aventure internationale, entre tradition horlogère, innovation et production à grande échelle. La marque figure parmi les grands noms de l’horlogerie suisse (2,4 millions de montres vendues en 2024) et occupe une place majeure sur le marché mondial.

Une histoire qui rappelle qu’au Locle, depuis 1853, le temps ne fait pas que passer : il se fabrique, se réinvente et se vend aux quatre coins du monde.


Charles-Félicien Tissot (1804-1873)

Charles-Émile Tissot (1830-1910)

Heureux qui comme Ulysse a fait et fait de si belles montres… de marine, bien entendu ? Ulysse Nardin !

Né au Locle au sein d’une famille protestante d’origine française, Ulysse Nardin (1823–1903) effectue son apprentissage auprès de Frédéric-William Dubois, petit-fils de Philippe Dubois, figure emblématique de la maison du même nom. En 1846, à l’âge de 23 ans, il fonde sa propre manufacture. Rapidement, les mouvements signés Nardin s’imposent par leur précision et leur fiabilité, remportant de nombreux prix dans les concours chronométriques internationaux.

La légende de la marque s’accentue avec son fils, Paul-David, qui dépose en 1876 son premier chronomètre de marine à l’Observatoire. Ces instruments de navigation, d’une précision inégalée, feront la renommée mondiale d’Ulysse Nardin et équiperont de nombreux navires et observatoires à travers le globe.

Au tournant des années 2000, la manufacture connaît une nouvelle ère sous l’impulsion de sa direction et de son collaborateur exceptionnel, Ludwig Oechslin. Cet horloger et historien génial — que les Chaux-de-Fonniers n’ont pas fini de célébrer — est réputé pour avoir, entre autres prouesses, réussi à remettre en marche une montre au Vatican que personne n’avait su réparer. Chez Ulysse Nardin, Oechslin signe des pièces d’une complexité astronomique inédite, dont la célèbre Trilogie du Temps (comprenant les modèles Anniversary, Equinox et Solstice), des garde-temps astronomiques aux complications encore inégalées.

Ulysse Nardin possède enfin une tradition plus insolite mais bien réelle : celle des « montres secrètes », ces garde-temps érotiques où le boîtier s’ouvre pour révéler des scènes intimistes animées ou sculptées. Cette audace artistique se perpétue aujourd’hui grâce à une collaboration emblématique avec l’artiste italien Milo Manara. Comme l’affirme ce dernier :

« L’érotisme est une composante essentielle de la vie humaine. Essayer de le censurer, c’est essayer de censurer la vie elle-même. »

Cette alliance entre haute horlogerie et art érotique illustre parfaitement l’esprit de liberté et de provocation qui caractérise la marque depuis sa création.


Ulysse Nardin (1823-1903)

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Nous touchons ici à un pan fondamental de l’histoire industrielle horlogère.

Le terme d’« assortiment » désigne le mécanisme de régulation d’une montre, c’est-à-dire l’ensemble des composants qui gouvernent l’échappement et la mesure du temps : l’ancre, le balancier et le spiral.

Au XIXe siècle, les manufactures d’assortiments sont nombreuses. Elles tentent tant bien que mal de coordonner leur politique d’achat, de production et de vente. Cependant, cette coordination reste très sectorielle et ponctuelle (par exemple, lors de l’achat groupé de rubis synthétiques), sans véritable unité stratégique.

La crise des années 1920 et la stratégie des FAR

Dans les années 1920, l’économie suisse est brutalement frappée par la Grande Dépression. Face à la chute de la demande et à la concurrence internationale, une nouvelle structure voit le jour : les FAR (Fabriques d’Assortiments Réunies).

Les FAR appliquent une stratégie industrielle novatrice pour l’époque : le « chablonnage » (ou Kitteln en allemand). Plutôt que d’exporter des montres finies, les usines suisses exportent des mouvements nus (« chablons ») qu’elles font assembler dans le pays de destination. Cette stratégie est une réponse directe à la hausse des tarifs douaniers imposés par les États-Unis (loi Smoot-Hawley) et le Japon.

Il est fascinant de constater un parallèle étrange avec la situation géopolitique actuelle : tout comme Donald Trump cherche aujourd’hui à rapatrier la production manufacturière sur le sol américain pour protéger l’économie locale, les protectionnistes des années 1920 cherchaient à verrouiller les marchés face à l’horlogerie suisse.

Les Huguenin et l’origine du nom

Parmi les figures clés de cette époque, citons les frères William et Charles-Louis Huguenin, originaires de La Brévine, qui s’installent au Locle. Leur nom est d’ailleurs devenu une marque de référence pour les mouvements de qualité. L’origine de ce nom est souvent associée à l’allemand « Nicht variabel, oxydfest » (ni variable, ni oxydable), une promesse de stabilité et de durabilité pour leurs calibres.

La réaction de la Confédération : Le Cartel Horloger

Face à la désorganisation du marché et à la concurrence interne qui fait baisser les prix, l’État suisse, voyant dans l’horlogerie un marqueur identitaire et économique majeur, décide d’intervenir. C’est la naissance du Cartel horloger suisse.

Ce cartel a pour objectif de stabiliser le marché en :

  1. Fixant les prix minimums de vente pour éviter la guerre des prix.
  2. Répartissant les marchés entre les grandes manufactures.
  3. Contrôlant la production pour éviter les surstocks.

Sous la pression sociale et politique, la Confédération impose également une forme de démocratie d’entreprise avant l’heure : elle exige la présence de représentants syndicaux et ouvriers au sein du Conseil d’administration du Cartel. C’est une mesure unique qui visait à apaiser les tensions sociales tout en maintenant la compétitivité de la branche.

La fin d’un monde (1914-1930)

Cependant, ce système cartellisé, bien qu’utile en temps de crise, finit par étouffer l’innovation et la prise de risque des petites manufactures. La Première Guerre mondiale avait déjà fragilisé le modèle en coupant les marchés d’exportation traditionnels.

Après la crise de 1929, le Cartel montre ses limites : il protège les structures obsolètes au lieu de moderniser l’industrie. Cette rigidité prépare le terrain pour les réformes radicales qui suivront dans les années 1930, avec la fusion des banques et des entreprises horlogères pour créer le Swatch Group (à l’origine la SMH), qui abandonnera le modèle du cartel au profit d’une intégration verticale et d’une innovation technologique massive (avec la naissance de la Swatch).


Hôtel des Postes – École d’horlogerie (1862-1902)

Daniel Jeanrichard – École d’horlogerie (1890-1902)

Bibliographie

  • BOILLAT, Johann, Les véritables maitres du temps : le cartel horloger suisse (1919-1941), Editions Alphil – Presses universitaires suisses, Neuchâtel, 2013.
  • DHS, Dictionnaire historique de la Suisse.
  • DONZE, Pierre-Yves, Histoire de l’industrie horlogère suisse : De Jacques David à Nicolas Hayek (1850-2000), Editions Alphil – Presses universitaires suisses, Neuchâtel, 2009.
  • CIFOM (MM. Vincent Aeschlimann, Guillaume Gubler & Youri Jubin) & Ville du Locle (Bernard Vaucher & Co), Parcours Horloger, Le Locle, 2004. 
  • FALLET, Estelle, Tissot : 150 ans d’histoire 1853-2003, Bienne, 2003.
  • GRESSOT, Julien, Forger le Temps : l’observatoire cantonal de Neuchâtel (1858-1960), Éditions-Alphil, presses universitaires suisses, Neuchâtel, 2025.  
  • JEANNERET, Jean-Daniel (dir.), La Chaux-de-Fonds / Le Locle, urbanisme horloger, G d’Encre, Le Locle, 2009.
  • SCHNYDER, Rolf W. & Co, ULYSSE NARDIN, Le Locle, 2008. 
  • RENGGLI, Paul & Co, Les Fabriques d’assortiments réunis : XXVe anniversaire, Gasser, Le Locle, 1957.