Le parlementarisme suisse

Dans le cadre des journées de formation du Parti Ouvrier et Populaire, une conférence du Professeur de l’Université de Neuchâtel, Andrea Pilotti, de l’Observatoire des élites suisses (OBELIS) et à l’Institut d’études politiques (IEP) sur le parlementarisme suisse. 

I. Les limites du parlementarisme suisse : le cas de l’Assemblée fédérale

La démocratie suisse est souvent perçue comme l’un des pays aux institution politiques les plus abouties. Avec son droit d’initiative et de référendum, la Suisse bénéficie d’un système parlementaire, se caractérisant en particulier par l’élection du gouvernement par le législatif. Toutefois, le parlement helvétique reste globalement faible notamment au niveau de ses prérogatives (le gouvernement n’étant d’ailleurs pas soumis à des votes de confiance). De plus, il peine à représenter la dimensions socio-économiques de la population du pays.

Historique

En 1848, après la guerre du Sonderbund, la Suisse choisit le modèle du Congrès américain, soit un système bicaméral. Il s’agissait de ne pas écraser les minorités, perdantes de la guerre, à savoir les cantons catholiques et conservateurs.

En réalité, le Parlement fédéral a longtemps été un acteur faible, disposant de peu de ressources, et ce jusqu’aux années 1990.

Les quatre fonctions principales du Parlement suisse

  • Fonction élective

  • Fonction de recrutement

  • Fonction législative

  • Fonction de contrôle

Les fonctions législative et de contrôle ont longtemps été particulièrement faibles au niveau fédéral. Les raisons  en raison :

  • des outils de démocratie directe (référendum et initiative populaire),

  • du rôle de la phase pré-parlementaire (pressions exercées en amont par les milieux patronaux),

  • du principe de la milice.

Le rôle de la phase pré-parlementaire est important. L’Union suisse du commerce et de l’industrie (1870), l’USAM (1879), l’Union syndicale suisse (1880) et l’Union des paysans, par exemple, ont été très tôt reconnues par la Confédération. À partir des années 1990, un rapport de type clients-fournisseurs s’est noué avec les associations, notamment patronales.

En 1964, l’affaire des Mirages et son dépassement budgétaire considérable oblige le Parlement à renforcer son contrôle. Toutefois, les milieux patronaux font tout pour bloquer le projet. Des commissions permanentes sont alors établies.

Dans les années 1980, l’affaire Kopp (1988) pousse la conseillère fédérale, Élisabeth Kopp à démissionner. De plus, l’affaire des fiches conduit à de nouvelles réformes parlementaires. L’UDC de Christoph Blocher tente alors de bloquer le renforcement des pouvoirs du Parlement.

Jean-François Aubert (1998), L’Assemblée fédérale suisse, 1848-1998, p. 121.


Le système de milice et la forte sélectivité sociale des élu·e·s

Le système de milice fait partie de la mythologie suisse. Bien que les députés ne soient pas des professionnels, et ce depuis 1848, le Parlement dit « de milice » trouve ses origines dans la crise des années 1930. Les pleins pouvoirs sont octroyés au Conseil fédéral en 1936 et 1939, et le Parlement renonce alors à remplir pleinement son rôle. En 1939, la notion de milice s’ancre durablement, à l’image de l’armée suisse, conçue comme une armée de milice et non permanente. Il s’agit d’une narration, d’une mythologie : la fonction parlementaire est avant tout honorifique.

À partir de l’affaire des Mirages, certains parlementaires prennent conscience de la nécessité de renforcer les pouvoirs du Parlement. Les milieux bourgeois s’opposent globalement à toute réforme, craignant une prise de pouvoir accrue de l’État sur l’économie.

Les parlements de milice ont l’avantage de favoriser la proximité avec la vie quotidienne des citoyens, la représentation de la population et l’identification des citoyens à l’État. Toutefois, la sociologie des parlementaires montre que le législatif fédéral ne représente pas fidèlement la population.

Le Parlement fédéral connaît une surreprésentation des universitaires, des entrepreneurs, des paysans et des officiers.

À gauche, si, dans les années 1980, les élus socialistes sont encore majoritairement issus de milieux populaires et ouvriers, ce n’est plus le cas à partir des années 1990. De plus, le personnel politique était auparavant formé par les écoles des partis socialistes, syndicaux et communistes. Or, cette pratique a disparu à gauche.

Les universitaires ont historiquement été surreprésentés. À partir des années 1950, le renforcement du Parti socialiste, composé avant tout de non-universitaires, entraîne une diminution des profils académiques. Toutefois, ce type de profil se stabilise aujourd’hui autour de 55 %. Le PS est désormais majoritairement composé d’universitaires. Par ailleurs, les Verts n’ont historiquement pas de base ouvrière.

En Suisse, les paysans pèsent beaucoup plus politiquement que dans d’autres pays. Dans les pays scandinaves, la paysannerie a fini par s’allier avec les ouvriers.

Les cadres et les indépendants sont favorisés par le système de milice. Environ 40 % des élus fédéraux sont des chefs d’entreprise ou des indépendants. Les officiers sont également surreprésentés : ils représentaient 15 % du Parlement, alors qu’ils constituent moins de 1 % de la société. Le Parlement est ainsi dominé par la petite et la grande bourgeoisie.


Les contraintes du travail législatif et la politique communale

Seuls les cantons de Genève et de Neuchâtel disposent exclusivement de parlements communaux. Dans les autres cantons, les assemblées communales, regroupant l’ensemble des citoyens et citoyennes, restent majoritaires. En Suisse, les parlements communaux n’existent que dans 21,5 % des communes. À noter que ces parlements communaux favorisent davantage la gauche.

Malgré ses 30 000 habitants, Rapperswil ne dispose pas de parlement communal.

En 1848, le Parlement fédéral comptait 111 députés pour 2,5 millions d’habitants. En 1962, ce nombre est fixé à 200. Depuis lors, malgré l’augmentation de la population et la reconnaissance de la citoyenneté des femmes, le nombre de représentants du peuple n’a plus augmenté.

L’âge moyen des parlementaires était de 51 ans en 2008 et reste similaire en 2023.

  • Sous-représentation des « jeunes » : de 24 % (2008) à 18 % (2023)

  • Féminisation : de 23 % (2008) à 25 % (2023)

  • Académisation : de 29 % (2008) à 41 % (2023)

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Lutte contre le surendettement : le Grand Conseil accepte un postulat sur un impôt à la source de manière volontaire !

L’impôt est au cœur de la problématique du surendettement. Il l’est en raison de la part proportionnellement importante qu’il représente dans le revenu, mais aussi de la complexité du système fiscal, notamment pour certains groupes de la population : les jeunes le plus souvent, les personnes précarisées ou encore certains rentiers AVS, touchés par exemple par des hospitalisations régulières ou de longue durée.

Demandé depuis longtemps par les milieux associatifs – tels que Caritas ou le CSP –, le prélèvement de l’impôt de manière volontaire et facultative, comme le permet le droit fédéral, est ainsi favorable tant pour certains contribuables que pour les collectivités publiques.

Il s’inscrit dans une logique gagnant-gagnant, bénéfique à la fois pour les contribuables et pour les collectivités.

Pour le contribuable :

  • Le paiement est étalé sur l’année, ce qui lisse la charge fiscale – en l’occurrence sur 12 mois au lieu de 10 – et réduit les risques d’omission ou de retard.

  • Le système s’adapte mieux aux évolutions de la vie professionnelle (chômage, retraite, changement de salaire, etc.).

  • Une personne ou un ménage à risque dispose d’une meilleure vision de sa situation financière, de son revenu net disponible et réel. Cela permet une prise de conscience des risques liés à la contraction de crédits ou à des dépenses trop somptuaires au regard de sa situation économique.

  • Le prélèvement direct, sur une base volontaire, permet de réduire les inégalités entre citoyens et personnes titulaires d’un permis de séjour qui bénéficient déjà de cette pratique.

Pour l’État et les communes :

  • Le prélèvement à la source réduit les frais de recouvrement et de poursuites, ainsi que le risque d’impayés, puisque l’impôt est perçu avant que le contribuable ne reçoive la totalité de son revenu.

  • Il sécurise les recettes publiques et facilite la gestion de la trésorerie de l’État.

À l’instar du canton de Bâle-Ville, et à la demande de certaines collectivités ainsi que des milieux associatifs, le Grand Conseil neuchâtelois a accepté, par 65 voix contre 32, un postulat VertPOP, amendée par le groupe socialiste, demandant d’étudier l’instauration d’une « Perception sur une base volontaire pour lutter contre le surendettement » (à l’origine : Impôt à la source sur une base volontaire pour lutter contre le surendettement)

En résumé, à l’image des cotisations sociales dont le prélèvement à la source est obligatoire, l’impôt direct prélevé de manière volontaire et facultative constitue le levier le plus efficace pour lutter contre le surendettement et ses conséquences, le plus souvent dramatiques.

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