René Descartes

René Descartes a une immense ambition : fonder la science moderne. Il établit la nécessité d’une méthode, basée sur la raison, où toute certitude doit émaner d’idées claires et distinctes. Ce n’est plus Dieu, mais la conscience, le « Je » qui devient le fondement même de la pensée.
Descartes (1596-1650) est né en France à La Haye-en-Touraine. Après des études de droit, il s’intéresse à nombre de domaines, dont notamment les mathématiques, la physique ou la logique. De tempérament solitaire, il passe une grande partie de son existence aux Provinces-Unis où il se consacre notamment à la pensée et à l’écriture. Depuis Montaigne (1433-1492), ses doutes et son scepticisme sur certaines « vérités » péripatéticiennes, l’influence d’Aristote commence se fragiliser. Descartes continue alors dans cette voie. Toutefois, l’épisode de la condamnation des thèses de Galilée, qui remettaient en cause le système d’Aristote et de Ptolémée – dans lequel la Terre est au centre de l’Univers – sonne comme une douche froide.
Malgré une certaine prudence, Descartes publie en 1637 le Discours de la Méthode, puis notamment, en 1641, les Méditations métaphysiques.
Le philosophe français meurt, en 1650, à Stockholm.
Pour Descartes, le moment est venu de renoncer aux arguments d’autorités (« Aristote écrivait… ») si cher à la scolastique médiévale. De plus, nos sens, c’est-à-dire le monde sensible, nous trompent constamment. Il faut donc établir des certitudes et la science sur des fondements indubitables.
Le Doute radical
Pour se faire et dans ses Métaphysiques, Descartes va utiliser le doute radical. Ce doute est une méthode pour découvrir la vérité. Il est zététique, c’est-à-dire provisoire, volontaire et libre – nous pouvons volontairement et librement nous mettre en état de doute -.
Le critère de vérité : les idées claires et distinctes
Les idées fausses ou douteuses doivent être écartées pour atteindre des croyances indubitablement vraies. Les idées sont une seule et même entité. Toutefois, il est communément admis qu’elles peuvent être :
- innées : nous pouvons penser que ces idées recouvrent l’existence d’une entité supérieure (Dieu) et de l’âme. Mais en sommes nous certains ?
- factices : résultant d’un acte psychologique, d’une opération de mon esprit (« concevoir une idée »)
- adventis : causées par quelque chose d’extérieur (« percevoir une idée »). Toutefois, si nous avons une inclinaison naturelle à croire que nos sensations sont causées par des objets extérieurs, nos sens peuvent nous tromper. Nous n’avons dès lors pas de raison de croire aux idées adventis ou à l’existence de choses extérieures.
Une chose est certaine. Les idées sont toujours, pour nous, des objets. Ils sont objectivement issus d’opérations psychologiques ou de représentations. Ils sont objets de la pensée, à savoir jetés devant elle. A noter que l’existence objective d’une idée se différencie de l’existence formelle, à savoir actuelle et réelle d’un être.
Descartes établit alors un critère de vérité : la clarté et la distinction.
Ce que je perçois clairement et distinctement est vrai.
Du « Cogito ergo sum » au preuves de l’existence de Dieu
Le philosophe établit sa première certitude : Je pense, donc je suis (cogito ergo sum). « Je suis une chose qui pense » est une perception claire et distincte. Cette certitude l’est pour autant et aussi longtemps que je me pense. Il en va de même des énoncés mathématiques. Je peux les percevoir clairement et distinctement. Toutefois, lorsque je cesse de les fixer, il est hypothétiquement possible qu’un dieu trompeur me pousse à l’erreur.
Descartes doit donc prouver l’existence de Dieu et prouver que celui-ci n’est pas trompeur. Le philosophe expose différentes preuves de l’existence de Dieu.
Dieu sous-tend le système
Bien que la première vérité rationnellement établie soit le « je pense, donc je suis », les investigations de Descartes amène Dieu a sous-tendre le système des connaissances. L’idée de Dieu ne peut être générée que par un être supérieur, infini et parfait : Dieu lui-même.
Preuve par l’infinité de Dieu
J’ai l’idée de Dieu, c’est-à-dire que Dieu est objectivement dans mon esprit. Or, je n’ai pas la réalité formelle suffisante pour produire la réalité objective de Dieu. Mon entendement étant fini, il ne peut pas jetés devant ma pensée l’objet infini qu’est Dieu. Nous concevons clairement l’idée de Dieu, même si nous ne la comprenons pas, puisque Dieu est par nature infini et par conséquent incompréhensible. Ce dernier est tellement puissant qu’il se cause lui-même.
Il en va de même de la perfection. L’idée de Dieu suppose l’existence d’un être absolument parfait. Or, je ne suis pas parfait (doutes, désir…). Dieu existe puisque j’ai en moi l’idée d’un être plus parfait.
Descartes n’évacue donc pas totalement l’existence de Dieu, même si c’est le sujet qui est désormais et globalement le fondateur des objets des pensées. Le sujet se représente donc ses propres objets.
La méthode
Dans son Discours de la méthode, Descartes rappelle le primat de la raison pour fonder la science. Sa méthode s’appuie sur quatre préceptes :
- Ne considérer comme vraie que les idées claires et distincte ;
- Diviser chaque difficulté et les analyser ;
- Commencer par les objets les plus simples pour tendre vers ceux plus complexes ;
- Être le plus exhaustif possible pour ne rien oublier.
Le Dualisme
Descartes établit enfin un dualisme entre le corps et l’esprit. Le corps est une substance étendue ; l’esprit une substance spirituelle. Il illustre ce fait par le « membre fantôme ». Un homme ayant perdu son bras continue à avoir mal à ce membre. Le corps et l’esprit interagissent néanmoins entre eux.