Le « paradoxe neuchâtelois » ou la marchandisation du monde

Avec le 6ème PIB par habitant de Suisse, un nombre d’emploi record et des impôts sur les personnes morales divisées par deux[1], Neuchâtel peut se targuer d’être particulièrement attractif et créateur de richesses ; avec une 23ème place en terme de salaire médian, un taux de chômage [2]et d’aide sociale (working poor) le plus élevé de Suisse, Neuchâtel connaît une précarisation toujours plus importante. Comment en est-on arrivé à un tel paradoxe ?

Derrière la politique patronale et la responsabilité de la Chambre du commerce se cache la marchandisation du monde. La valeur d’usage d’un bien – son utilité – a fait place à la valeur d’échange, découlant du marché et de la recherche constante de profit. Tout devient quantifiable, « marchandable », tout devient « marchandise ».

Dans ce processus, l’homme devient lui-même une marchandise : vendre du temps humain, vendre de l’activité humaine. Dans un système concurrentiel, sans régulation du marché, les prix chutent… Dans une société marchande, l’homme ne vaut quasi plus rien[3].

Il en va de même de la problématique sanitaire. Les gouvernements successifs, de droite comme de gauche, avaient tenu la ligne par rapport aux sirènes du libéralisme. Alors que tout était « blindé » (vote du Grand Conseil, du peuple), le gouvernement actuel a cédé à la marchandisation du système. En démantelant l’hôpital public et la santé, il privatise les profits extrêmement importants qui en résultent. La nature ayant horreur du vide, le gouvernement sait que les sociétés privées sauteront sur l’occasion, générant par la même une santé à deux vitesses.

La marchandisation et la financiarisation ont progressivement contaminé l’ensemble du système. Pourtant, le profond désir de liberté, qui habite la conscience humaine, a montré que toute institution ne découle que d’une construction sociale et n’est donc pas figé pour l’éternité. Vous l’aurez compris : L’homme doit être remis au centre ; Une alternative est non seulement nécessaire, mais aussi possible.


[1] L’imposition neuchâteloise sur les entreprises est tellement faible qu’elle est qualifiée de l’une des « plus concurrentielles du monde » (www.neuchateleconomie.ch)

[2] 6’650 demandeurs d’emploi (avril 2015).

[3] La commission tripartite a relevé une fois de plus l’usage abusif des stages – non rémunéré – en entreprise.

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